Parents séparés : le carnet de santé numérique transforme le suivi médical des enfants

Avec l’intégration prévue fin 2026 du carnet de santé dans Mon espace santé, les parents divorcés ou séparés pourront enfin partager instantanément les informations médicales de leurs enfants. Une avancée majeure qui met fin aux conflits autour du carnet papier et simplifie la coordination des soins en garde alternée.

Par la rédaction, publié le 5 février 2026

Le quotidien de Sophie, mère divorcée de deux enfants en garde alternée à Lyon, va bientôt changer. Fini les tensions avec son ex-conjoint autour du carnet de santé papier qu’il « oublie » systématiquement de lui transmettre lors des passages de bras. Fin 2026, le carnet de santé de ses enfants sera intégré directement dans Mon espace santé, accessible en permanence depuis son smartphone. Cette dématérialisation, annoncée par le ministère de la Santé, promet de révolutionner le suivi médical des 3,5 millions d’enfants concernés par une séparation parentale en France.

Cette transformation numérique intervient alors que 122 000 divorces sont attendus en 2026, dont près de la moitié impliquent des enfants mineurs. Pour ces familles recomposées, la gestion du carnet de santé papier s’est longtemps révélée source de conflits et de complications administratives. La jurisprudence a dû régulièrement trancher : un arrêt de la Cour d’appel de Versailles de mai 2021 rappelle que le carnet de santé doit être remis au parent qui en a la garde à chaque début de week-end ou de vacances scolaires.

Le carnet papier, pomme de discorde récurrente des séparations

Les professionnels du droit familial connaissent bien cette problématique. Un parent qui refuse de remettre le carnet de santé à son ex-conjoint lors des droits de visite risque des sanctions sévères, pouvant aller jusqu’au retrait de l’autorité parentale dans les cas les plus graves. « Nous recevons régulièrement des parents qui nous consultent parce que leur ex-conjoint garde le carnet de santé par pure volonté de nuire », témoigne un avocat spécialisé en droit de la famille à Bordeaux. « Ces situations mettent potentiellement en danger les enfants, notamment en cas d’urgence médicale. »

Les enjeux dépassent largement les querelles parentales. En cas d’accident ou d’hospitalisation pendant le week-end chez le parent non gardien, l’absence du carnet de santé peut avoir des conséquences dramatiques. Les médecins urgentistes se retrouvent privés d’informations cruciales sur les antécédents médicaux, les allergies ou les contre-indications médicamenteuses de l’enfant. « Imaginez qu’un enfant allergique à certains traitements arrive aux urgences sans son carnet : nous risquons de lui administrer un médicament inadapté », explique une infirmière marseillaise.

La législation actuelle impose pourtant une présomption d’accord entre parents séparés pour les soins courants et les vaccinations. Chaque parent est réputé agir avec l’accord de l’autre lorsqu’il emmène son enfant chez le médecin. Mais cette confiance mutuelle théorique se heurte souvent à la réalité des relations conflictuelles post-divorce.

Mon espace santé, solution à la coordination des soins

Le carnet de santé numérique va révolutionner cette organisation. Accessible à 97 % de la population, Mon espace santé permet déjà aux parents de partager l’accès au dossier médical de leur enfant entre les deux titulaires de l’autorité parentale. Une fonctionnalité particulièrement utile pour les familles séparées, comme le souligne l’association Sparadrap dans ses recommandations aux parents divorcés.

Concrètement, chaque parent pourra consulter instantanément sur son smartphone les résultats d’analyses, les ordonnances, les comptes rendus d’hospitalisation et le carnet de vaccination de l’enfant. « Cette transparence imposée va considérablement réduire les tensions », prédit un médiateur familial toulousain. « Les parents ne pourront plus se reprocher mutuellement de cacher des informations médicales. » Le dispositif intègre également un agenda centralisé pour les rendez-vous médicaux, évitant les doublons ou les oublis.

La version 2026 du carnet de santé papier, entrée en vigueur le 1er janvier 2025, comporte déjà 123 pages avec de nouvelles recommandations sur les écrans, l’activité physique et les vaccins obligatoires contre les méningocoques. Sa dématérialisation complète dans Mon espace santé rendra ces informations accessibles en permanence, même en cas de perte ou d’oubli du document papier qui restera néanmoins disponible.

Divorce numérique : des procédures accélérées en 2025-2026

Cette modernisation du suivi médical s’inscrit dans une transformation plus large de la justice familiale. La loi du 12 mars 2025 a instauré le « divorce express », une procédure entièrement dématérialisée permettant aux couples en accord mutuel de finaliser leur séparation en moins de 30 jours, contre plusieurs mois auparavant. Le coût moyen s’établit désormais à 1 200 euros, contre 2 800 euros pour un divorce conventionnel classique.

Les plateformes de divorce en ligne se sont multipliées, proposant des tarifs allant de 250 à 1 500 euros. Ces services incluent la rédaction de la convention par des avocats, l’enregistrement chez le notaire et un suivi dématérialisé du dossier. « En moins de 10 clics, c’était terminé », témoigne une utilisatrice parisienne. Cette simplification administrative répond à l’engorgement chronique des tribunaux et permet d’économiser 15 millions d’euros annuels à l’État.

Depuis avril 2025, la médiation familiale est devenue obligatoire avant toute audience de divorce contentieux, sauf en cas de violences conjugales. Cette mesure vise à apaiser les tensions sur les points sensibles comme la garde des enfants ou la pension alimentaire. Le délai pour divorcer pour altération définitive du lien conjugal a également été réduit de deux ans à un an de séparation.

Vaccination des enfants : nouvelles obligations et tensions parentales

Le carnet de santé numérique intervient au moment où les obligations vaccinales se renforcent. Depuis le 1er janvier 2025, deux nouveaux vaccins sont devenus obligatoires pour les nourrissons : contre les méningocoques ACWY (qui remplace le vaccin contre le méningocoque C) et contre le méningocoque B, jusqu’ici seulement recommandé. Ces vaccinations conditionnent l’admission en collectivité : crèche, école, centre de loisirs ou colonies de vacances.

Ces obligations peuvent cristalliser les désaccords entre parents séparés. En cas de conflit sur la vaccination, le parent opposé s’expose à des sanctions juridiques lourdes. « Si votre enfant attrape une maladie pour laquelle vous avez refusé un vaccin obligatoire, vous risquez d’être poursuivi pour mise en danger », rappelle un médecin généraliste nantais. Les assurances peuvent même refuser de couvrir les frais si la loi a été volontairement violée.

Le carnet de vaccination électronique, accessible via Mon espace santé, permet d’enregistrer automatiquement toutes les injections réalisées. Cette traçabilité numérique évite les contestations a posteriori et simplifie les démarches administratives pour l’inscription en collectivité. « C’est un gain de temps considérable », souligne une directrice de crèche lilloise. « Plus besoin de photocopier et vérifier les pages du carnet papier. »

Dossier médical partagé : vers une obligation renforcée en 2026

L’architecture numérique qui sous-tend Mon espace santé connaît elle aussi des évolutions majeures. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2026 prévoit de renforcer les obligations autour du Dossier médical partagé (DMP), intégré dans Mon espace santé. Les professionnels de santé devront alimenter systématiquement ce dossier, sous peine de sanctions financières pouvant atteindre 2 500 euros pour les récalcitrants.

Cette obligation vise à généraliser le partage fluide des données de santé. D’après les dernières statistiques de novembre 2025, 23 millions d’utilisateurs consultent régulièrement Mon espace santé, et 300 millions de documents ont été partagés en 2024. Pour les parents séparés, cette centralisation automatique des informations médicales garantit que chacun dispose des mêmes éléments pour prendre des décisions éclairées concernant la santé de l’enfant.

Une décision du Conseil d’État du 15 octobre 2025 a validé l’accès collectif des professionnels de santé au DMP, tout en affirmant que le consentement du patient reste essentiel. Pour les enfants mineurs, ce consentement est donné par les titulaires de l’autorité parentale. En cas de séparation, seul un des parents peut aujourd’hui bénéficier des codes d’accès initiaux, mais la fonctionnalité de partage permet ensuite d’associer le second parent.

Fracture numérique et accompagnement des familles vulnérables

La dématérialisation comporte néanmoins des risques d’exclusion. Si les 25-50 ans adoptent massivement ces outils numériques, les personnes âgées ou précaires peinent parfois à s’approprier les plateformes digitales. Pour les divorces, cette fracture numérique a conduit le ministère de la Justice à déployer des points d’accès numériques dans les maisons France Services, avec assistance personnalisée.

Pour Mon espace santé, 731 Maisons France Services proposent un accompagnement à l’activation et à l’utilisation du carnet de santé numérique. Des conseillers organisent des sessions d’initiation gratuites pour les parents qui ne maîtrisent pas les outils informatiques. « Il faut garantir que personne ne soit laissé de côté par cette transformation », insiste un responsable associatif à Toulouse.

Les ergonomies des plateformes restent perfectibles. Certains professionnels de santé déplorent des lenteurs d’accès ou des difficultés d’intégration avec leurs logiciels métiers. « L’outil ne s’impose pas par sa fluidité », reconnaît un médecin généraliste syndiqué. « Il demande encore un effort supplémentaire qui grignote du temps de consultation. » La version 2.0 de la plateforme de divorce numérique, prévue pour janvier 2026, intégrera une assistance par intelligence artificielle pour la rédaction des conventions.

Au-delà des aspects techniques, cette double révolution numérique — du divorce et de la santé — redéfinit les contours de la parentalité séparée. En imposant la transparence et la traçabilité des informations médicales, le carnet de santé dématérialisé pourrait apaiser une partie des conflits post-divorce, tout en garantissant une meilleure sécurité sanitaire pour les 3,5 millions d’enfants concernés.